Le Carnet

Le Château La Tour Carnet, précurseur dans la recherche de l’adaptation du matériel végétal viticole face au changement climatique.

Anticiper pour mieux agir : le Château La Tour Carnet, précurseur dans la recherche de l’adaptation du matériel végétal viticole face au changement climatique.

Situé sur un terroir exceptionnel, le Château La Tour Carnet, Grand Cru Classé en Haut-Médoc, devient précurseur dans la recherche de solutions pour faire face au changement climatique que connait notre planète à travers l’étude du matériel végétal. Avec nos équipes techniques nous cherchons à accompagner le développement durable de la vigne et apporter notre modeste contribution à l’étude de l’évolution des cépages au cours des années à venir.

C’est pourquoi j’ai décidé de développer une collection de cépages qui repose sur le principe «ANTICIPER POUR MIEUX AGIR». Cette collection consiste à planter sur le terroir propice du Château différents cépages provenant de plusieurs pays du monde. Ainsi le Château devient précurseur sur un dispositif de développement durable de la vigne.

Le changement climatique : une réalité en Aquitaine.

Lorsque que l’on porte un regard sur le passé en examinant les indices que le climat a laissé en Aquitaine, il faut remonter environ 125 000 ans en arrière pour retrouver des températures plus élevées que les valeurs moyennes actuelles.

L’Aquitaine est la région ayant connu la plus forte hausse des températures depuis un siècle (avec plus de 1,2°C)* et les prévisions annoncent une augmentation de 1,5 à 2°C d’ici 2050.

Au cours des 50 dernières années, la température moyenne dans le Médoc s’est élevée d’environ 1 degré. Cette tendance au réchauffement s’est accentuée à partir de la fin des années 1990. Les dix années les plus chaudes depuis 1950 ont été observées après 1995.

La viticulture est une production particulièrement vulnérable aux conditions climatiques et le lien entre terroir et climat est extrêmement fort.

Le changement climatique : un nouveau défi pour la viticulture.

Les impacts du changement climatique (et en particulier du réchauffement) sur la biologie de la vigne sont aujourd’hui étudiés et quantifiés. Les effets du changement climatique se font déjà sentir dans les vignobles et les viticulteurs reconnaissent unanimement, quelles que soit les disparités régionales, que les dates de récolte sont plus précoces, les concentrations en sucre plus fortes, les acidités réduites, les teneurs en alcool plus importantes et le profil des vins plus dur.

A titre d’exemple, au Château La Tour Carnet, Grand Cru Classé en Haut -Médoc, depuis 25 ans, malgré un microclimat plutôt tardif, le cycle de la vigne s’est raccourci et les stades de véraison, maturité technologique et maturité phénolique sont plus précoces. Il s’agit d’un fait avéré concernant les deux principaux cépages rouges (Merlot et Cabernet Sauvignon). Or, le raisin doit mûrir lentement et la hausse des températures, conjuguées au manque de pluie, nuit à sa qualité.

Il est prédit une avancée de 30 à 40 jours de tous les stades phénoliques d’ici 2100. Le risque est ainsi de produite des vins moins digestes, avec des nuances aromatiques dépréciées et une aptitude au vieillissement réduite.

Fort de ce constat, je me préoccupe donc des conséquences du changement climatique sur la qualité de mes vins.

Anticiper pour mieux agir : cette volonté de Bernard Magrez se traduit par mener des propres recherches.

Face à tout changement, le grand défi est l’inertie. Je cherche donc des solutions durables pour faire face au changement climatique.

On est vulnérable à un changement si on n’arrive pas à évoluer au même rythme ou à anticiper. Or faire face au changement climatique suppose de modifier des infrastructures qui ne changent pas du jour au lendemain. Il faut donc prendre le problème le plus en amont possible.

Notre réflexion s’est portée vers l’étude du matériel végétal et nous avons distingué trois orientations possibles :

- L’étude des clones ; alors que ceux-ci dont souvent sélectionnés en fonction de leur capacité de reprise au greffage, de leur productivité et de leur potentiel qualificatif, il serait interessant d’étudier leur faculté d’adaptation aux hautes températures, leur résistance au stress hydrique et leur aptitude à accumuler moins de sucres.

- L’études des porte-greffes ; sans occulter la résistance au calcaire actif et au stress hydrique, il serait interessant de se pencher sur d’autres caractéristiques et d’étudier le comportement de variétés souvent écartées mais peut-être plus adaptées au réchauffement climatique.

- L’étude de cépages devenus secondaires, inscrits au catalogue officiel national mais quasiment plus plantées. Cela suppose de mettre ne place des essais à grande échelle et de longue durée ; ce qui est couteux mais est indéniablement la voie de recherche la plus prometteuse.

Ainsi, c’est rapidement imposée l’idée d’implanter au Château La Tour Carnet, une collection de cépages afin d’en étudier le matériel végétal. Cette collection repose sur le principe « ANTICIPER POUR MIEUX AGIR ». Dans quelques années, s’il est nécessaire d’amorcer une restructuration de nos vignobles pour faire face aux changements climatiques, les connaissances acquises grâce à cette collection nous permettront de faire les bons choix.

Le choix des cépages

L’évolution de l’encépagement bordelais au cours des dernières années a favorisé l’implantation massive de cépages précoces tels que le Merlot et le Sauvignon Blanc. L’usage de porte-greffe conférant moins de vigueur a accentué la précocité de maturité. Cette évolution semble hasardeuse aux vues du réchauffement climatique. Une réhabilitation des cépages plus tardifs s’impose donc.

Il est admis que chaque cépage atteint son apogée lorsqu’il s’approche de sa latitude nord limite. Ainsi, c’est le Médoc que l’on trouve les Cabernet Sauvignon les plus fins et, il en est de même pour la Syrah dans les Côtes Rôties ou le Pinot noir en Bourgogne.

L’idée était donc de sélectionner pour notre collection des cépages tardifs capables dans le cadre du réchauffement climatique de conserver toute leur fraîcheur et leur finesse aromatique.

A cet effet, le Château a planté au Printemps 2014 puis en 2015 une parcelle comprenant une cinquantaine de cépages blancs et rouges pour étudier leur comportement : croissance, développement végétatif, phénologie, composition des raisins, et qualité du vin.

Les cépages plantés comprennent les cépages bordelais traditionnels (à usage de témoins), des cépages d’origine méditerranéenne (du Languedoc-Roussillon mais aussi de Corse, d’Espagne, du Portugal, d’Italie, …) qui supportent bien la chaleur, et de nombreux cépages à maturité tardive.

Les 52 cépages sélectionnés seront greffés sur le même porte-greffe afin de ne pas engendrer de biais dans la comparaison de leur comportement.

Par ces cépages, l’objectif est d’identifier ceux qui pourront le mieux s’adapter au microclimat du Château La Tour Carnet et plus généralement du Bordelais. Ces travaux permettront de fournir des bases pour une réflexion future sur une éventuelle introduction de variétés nouvelles dans l’encépagement de Bordeaux, à moyen ou long terme.

Il s’agit de la plus importante initiative parmi celles initiés dans le monde du vignoble.

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