Le Carnet

La fameuse collection de Calices du Château Pape Clément.

« Calice » vient du mot grec kulix. C’est un vase sacré de la liturgie chrétienne, présentant la forme d'une coupe évasée portée sur un pied élevé. Il est employé dans la célébration eucharistique pour la consécration du vin, devenant ainsi le sang du Christ. Le calice rappelle la coupe de vin de la Dernière Cène. Le calice était souvent en matière noble, or, argent ou vermeil, parfois incrusté de pierreries ou d'émaux. Le calice figure sur les armoiries de la Galice, région d'Espagne. Le calice est souvent représenté accompagné d'une hostie.

C'est aussi le thème littéraire du Saint Graal : le vase contenant le sang du Seigneur accompagné de la lance de Longin. Dans les Evangiles, l'ange de la Consolation apporte au Christ un calice, au Jardin de Gethsémani, durant son agonie. Dans les œuvres d'art, on représente aussi parfois les anges recueillant le sang du Christ sur la Croix, durant la Passion, coulant de ses plaies, dans des calices. Ceci a donné lieu à l’expression «boire le calice jusqu’à la lie» ce qui signifie endurer une épreuve, une douleur jusqu’à son terme.

Je possède moi-même une collection de ces objets sacrés et précieux. Le Château Pape Clément qui tient son nom de son célèbre propriétaire le Pape Clément V (de son nom de baptême Bertrand de Goth), abrite ma collection dans le salon des Papes du Château.

Le calice est formé de trois parties essentielles, emboîtées sur une tige centrale. Répondant à des besoins liturgiques, elles ont chacune une fonction déterminée :

-le pied assure la stabilité du calice une fois posé

-le nœud, renflement de la tige, sert à sa préhension et à son ostension au cours de la messe

-la coupe est destinée à contenir le vin.

Au cours des siècles, des éléments purement décoratifs ont été ajoutés : dans la 2e moitié du XVe siècle, apparaît la fausse-coupe, dans laquelle vient s'emboiter la coupe unie et lisse ; elle porte le décor que cette dernière ne peut recevoir.  A partir du XVIIe siècle, des collerettes accompagnées ou non de bagues apparaissent de part et d'autre du nœud.

Les premiers calices, ceux des apôtres, étaient vraisemblablement en bois, et cet usage semble perdurer jusqu'au milieu du IXe siècle, date de son interdiction par le pape Léon IV (847-855). Aucun calice en bois n'a été recensé en France. L'emploi exclusif de l'or et de l'argent aurait été ordonné par le pape Zéphyrin (198-217). Du XVIe au XVIIIe siècle, il est régulièrement demandé que l'intérieur de la coupe soit obligatoirement doré. Depuis la fin du XIIe siècle, une coupe en or ou en argent doré peut surmonter un pied fait d'un autre matériau, moins noble.

On trouve ainsi l'emploi de cuivre ou de laiton, d'étain, d'ivoire, plus rarement de corne, ou de faïence, en complément ou en remplacement de l'argent doré. Au XXe siècle : l'argent est le matériau privilégié, il peut être orné de décor en ivoire, de pierres précieuses ou de matériaux de synthèse mais depuis le concile Vatican II (1962-1965), l'usage de matériaux précieux n'est plus devenu exclusif.

Dans la fameuse collection de calices du Château Pape Clément, les plus anciens datent du XVIIème siècle (1640). Certains en argent, insculpés en 1800 figurent des angelots ciselés, des rameaux et gerbes d’épis ou des roseaux et pampres. Leur nœud peut être ceinturé de perles et de tors de lauriers. D’autres, en vermeil redoré arborent des angelots et un ombilic à trois panneaux figurant la crucifixion, le mouton mystique et le pélican, symbole de la charité. Quelques-uns s’accompagnent d’une patène,  une petite assiette, généralement en métal doré, sur laquelle repose le pain (l'hostie principale) qui va être consacré par le prêtre au moment de la consécration, lors d'une cérémonie eucharistique.

Cet objet liturgique du christianisme est lié de par sa fonction au calice (utilisé pour le vin) sur lequel il repose hors du moment de la consécration proprement dite.

Aujourd’hui, comment ne pas retrouver cette thématique qui a vraisemblablement inspiré de grands créateurs comme celui, resté anonyme, du verre mythique Harcourt de Baccarat. Créé en 1841 mais baptisé ainsi vers 1920, il est le modèle le plus ancien de Baccarat et symbole indissociable de son identité. Comment ne pas y voir l’influence de la forme dessinées des calices. Le service répond d’ailleurs spécifiquement au « style » Louis-Philippe, constitué d’emprunts divers à l’histoire des formes du passé, qui feront l’Historicisme et l’Éclectisme, style encore caractérisé par son accessibilité en termes de confort à l’usage. Il n’est pas faux d’évoquer alors une certaine inspiration Médiévale ou Romane pour l’évasement de la paraison et pour son assise, ni d’évoquer l’imaginaire Gothique pour l’ornementation géométrique.

Calice en vermeil – 1853
Coupe lisse enchâssée dans un décor néogothique de vermeil et émaux. Pied à bulbe centré d’émaux.
Base polylobée à décor d’émaux bleu et blanc. Poinçon Minerve, orfèvre Marie Thierry Fils (d’Alexandre Thierry), 12 rue Ste Marguerite à Paris. Poids 659 grs, Haut. 24 cm.

La collection de Calices est à découvrir au Château Pape Clément, Grand Cru Classé de Graves.

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