Le Carnet

Les Mystères de la Nature - « Ne jamais renoncer » ou la force et la renaissance de l’Olivier.

J’ai décidé voilà deux ans maintenant, de planter au Château La Tour Carnet deux oliviers millénaires. Le Château a été construit en 1112 sous le règne de Louis VI le gros. Ses premières vendanges datent de 1409 sous le règne de Charles VI.  Parmi ces deux oliviers, Constantin Ier, né lui en 272 comme l’empereur éponyme. Cet olivier de 1741 ans mesure 3,75 mètres de hauteur et pèse 10,5 tonnes...

Il a été planté dans une zone très exposée au vent et nous n’avons en deux ans,  jamais observé de pousses. Très rameux, au tronc noueux, à l’écorce brune et crevassée, l’olivier peut atteindre 15 à 20 mètres de haut et vivre très longtemps. Il s’accommode facilement de sols ingrats, caillouteux, et arides. Grâce à sa souche ligneuse où s’accumule des réserves et à son vaste réseau de racines, il est très résistant. Mais si l'olivier est capable de garder longtemps l'eau qu'il a puisée dans le sol, il aime l'eau et se porte mieux de ne pas en manquer. A l'inverse, un sol saturé est un danger fatal. Et il a beaucoup plus sur le Médoc l’hiver et le printemps passés.

Château La Tour Carnet

Les oliviers me passionnent. Ils sont d’autant plus beaux qu’ils transportent une histoire, un passé chargé d’anecdotes incroyables. Ils sont les témoins vivants du temps. Beaucoup de peintres ont cherché à immortaliser sa robustesse et sa force de vie comme Matisse ou Cézanne en Provence. Mais c’est Van Gogh qui a réussi à capter l’essence de cet arbre, résistant au Mistral qui balaie les siècles qui passent.

L’Olivier est l’arbre de la sagesse humaine et du labeur. Il est également symbole de paix, de réconciliation, de longévité, de victoire, de gloire, d’abondance et de fidélité. Cet arbre qui peut vivre des millénaires est aussi symbole de force : l’olivier est compact, très lourd, très dur. Dans la mythologie, c’est en bois d’olivier que se sont faites toutes les massues d’Hercule, et c’est avec un pieu taillé dans le même bois qu’Ulysse va crever l’œil du cyclope Polyphème dans la grotte (Odyssée d’Homère).

Notre Constantin Ier a du affronter des aléas climatiques qui l’ont énormément affaibli. Deux hivers particulièrement rudes avec des températures allant jusqu’à -14°C. Il a subi le vent, la neige et a du supporter beaucoup de pluie. Depuis son installation à La Tour Carnet, aucune pousse n’a été observée. De jours en jours, il montrait des signes de souffrance jusqu’à perdre toutes ses feuilles, ne laissant apparaître que des rameaux nus.  Il fut arrivé un moment où nous avons du nous rendre à l’évidence: notre olivier était perdu. Il fallait nous résigner, Constantin Ier était mort.

Afin d’honorer cet arbre millénaire et de faire perdurer sa noblesse, j’ai imaginé faire de son tronc noueux et robuste des caisses bois pour une cuvée exceptionnelle du Château La Tour Carnet. Nous avons donc prévu de l’abattre et le débiter dès que possible.

Constantin Ier en souffrance

Et puis, un jour de fin juin dernier, en passant à côté de mon arbre, je remarquai quelque chose d’inhabituel : des repousses venaient d’apparaître à différents endroits de sa souche ! Incroyable ! Notre Constantin Ier, n’était pas mort. J’étais témoin d’un phénomène fascinant, un miracle de la nature : l’olivier renaissait de ses cendres tel un phœnix végétal. Il était en fait bien vivant, comme sorti d’une longue hibernation.

« Ne jamais renoncer… » me vient immédiatement à l’esprit.

Cet arbre, plein de noblesse et loin d’être prétentieux, n’est-il pas le plus beau symbole de renaissance, d’espoir et de persévérance? Ce n’est pas un hasard si à travers l’histoire du déluge et de l’arche de Noé,  après 150 jours de crue, il est le rameau que la colombe rapporte dans son bec en guise de symbole de paix et de réconciliation avec Dieu, qui avait provoqué ce déluge. Confirmant son statut d’arbre éternel, notre olivier a donc finalement réussi à s’acclimater et à profiter du terroir médocain. Bien sûr, nous le surveillons, et faisons tout notre possible pour qu’il s’adapte au mieux à la région. En espérant que cela perdure, pour qu’il puisse ajouter à son histoire, une vie au sein de ce Château, l’un des plus beaux domaines du Médoc, mais aussi l’un des plus anciens.

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