Le Carnet

Le temps d'une rencontre avec... Brigitte Aubignac

Du temps avec …. Brigitte Aubignac, de la peinture à l‘artiste. Tel était le titre choisi pour notre rencontre avec Brigitte Aubignac, le vendredi 2 décembre. Un léger clin d’œil d’Ashok Adicéam à Nathalie Heinich et son livre « Du peintre à l’artiste » qui retrace l’ascension sociale de l’artiste dans le cours de l’Histoire. Nous avons nous-mêmes retracé, séquencé, analysé le parcours de Brigitte Aubignac. Mais ce n’est pas tant le récit de son évolution que la découverte de ce qui se cache derrière l’artiste, une personne animée par sa passion pour la peinture, qui nous a tenu en haleine pendant cette rencontre. Ce soir-là, l’espace d’un instant, l’aura sacrée dont se drapent les artistes s’est envolée pour nous laisser, finalement, encore plus admiratifs.

La conversation fut habilement menée par Anaël Pigeat (critique d'art, rédactrice en chef d’Artpress) qui suit attentivement le travail d’Aubignac depuis déjà plusieurs années et a accepté d’être notre guide dans les sentiers colorés des toiles du peintre. Les images projetées sur le mur ont défilé, nous révélant les personnages et les histoires nés sous les coups de pinceaux d’Aubignac. Pigeat attire les regards sur des détails qui nous auraient sûrement échappés ou semblés évidents. Elle a suivi le précepte d’Aubignac qui invite à toujours approcher de très près une peinture pour mieux voir et pénétrer son univers intime. On découvre alors pourquoi il y a des ombres dans tel tableau, une boîte de verre autour d’une sculpture antique, comment s’explique le travail en série très présent chez l’artiste, ou que signifient les objets-attributs donnés aux personnages… ? Chaque question apporte comme une nouvelle tesselle d’une grande mosaïque où se dessine l’œuvre d’Aubignac des débuts à aujourd’hui. Les connexions deviennent évidentes. Nous suivons le fil d’Anaël et traversons les tons camaïeux fétiches du peintre, le travail sur les subtiles nuances de couleurs pour le rendu de la lumière, nous sautons des petits formats aux dyptiques et grandes toiles, nous visitons des scènes religieuses ou jetons des regards amusés sur de jeunes faunes espiègles (« Ces bouffons involontaires aux sabots légers » ). A la fin du fil, de ce parcours d’histoire de l’art, nous atteignons Brigitte Aubignac.

La «simplicité » est le maître-mot d’Aubignac. Pas de recherches alambiquées pour peindre, de pensée métaphilosophique pour donner un sens, de phrases obscures pour expliquer. Tout est simple et doit le rester : « la simplicité c’est profond, essentiel ». Tout s’explique donc naturellement. Son inspiration ? Férue de littérature et d’histoire de l’art, les sources d’inspiration ne lui manquent pas. Mais elles naissent avant tout d’une émotion, d’une rencontre unique avec une œuvre d’art admirée dans un musée, avec une phrase qui aura accroché son esprit dans un livre ou encore avec un personnage dans lequel elle a pu percevoir une « lumière intérieure » qui l’aura particulièrement touchée. Et comment peint-elle son sujet ? C’est lui qui guide la manière de faire, il l’impose. C’est aussi le plaisir qu’il y a de peindre ce sujet, l’émotion qu’il génère chez elle, l’atmosphère autour de lui, qui ont une influence sur le choix des couleurs, des décors ou des objets.

Brigitte Aubignac est aussi une artiste pour qui l’art a une résonnance importante avec l’actualité politique. Elle ancre ainsi ses personnages dans notre temps : les faunes font des bulles dans les cours d’écoles ou se promènent avec des bandes d’adolescents aux périphéries de nos villes. Les faunes, ce sont ces êtres différents qui trouvent difficilement leur place dans le monde; mais ils sont aussi des personnages mythologiques et comme toute légende ou mythe, leur rôle est de poser des questions, « d’expliquer pourquoi on en est là ». Brigitte Aubignac parvient donc autant, et tout simplement, à transporter son public dans l’univers intime des hommes et des femmes, avec douceur, humour ou désillusion, qu’à interroger notre propre humanité.

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