Le Carnet

Le Stradivarius «Château Fombrauge» confié au brillant violoniste Nicolas Dautricourt.

Si j’ai fait l’acquisition en 2011 d’un violon Stradivarius, ça n’était pas pour qu’il reste caché et enfermé mais bien pour partager sa noblesse et sa sonorité unique, à la fois lyrique et charnue.

Après l’avoir confié, dans le cadre de ma fondation, l’Institut Culturel Bernard Magrez,  au jeune Matthieu Arama, premier violon de l’orchestre national de Bordeaux, c’est désormais à Nicolas Dautricourt, considéré comme l'un des violonistes français les plus brillants de sa génération, que j’ai choisi pour remplir cette mission qui me tient très à cœur.

Agé de 36 ans, Nicolas Dautricourt a obtenu le prix Georges Enesco de la Sacem. Il a été sacré révélation classique de l'Adami, au Midem. Il s’est également produit  avec des musiciens tels que Nicolas Angelich, Iouri Bachmet, David Guerrier, Bertrand Chamayou ou Anne Gastinel. Son répertoire va de pièces de Bach transcrites pour violon seul à des compositeurs contemporains (Ligeti, Webern) en passant par Mozart, les compositeurs romantiques (Schubert, Schumann...) ou le jazz.

Stradivarius est un nom de légende, celui du luthier le plus célèbre de l’histoire. Alors pour un violoniste jouer un violon de Stradivarius c’est jouer l’un des instruments les plus prestigieux qui soit. Antonio Stradivari souhaitait que le nouvel acquéreur d’un de ses violons lui choisisse un prénom. Chaque jour, je ne peux m’empêcher de faire d’heureux rapprochements entre ce violon et mes vignes, et pas uniquement parce que je lui ai donné le nom d’un de mes grands crus classés (Saint-Emilion) : «Château Fombrauge».

Tout comme le vin et les cépages qui le composent, l’anatomie d’un violon est un miracle d’équilibre, une alchimie fine entre la volupté de ses courbes, la pureté du son de ses cordes et la fermeté de sa structure. La tête du violon, touche finale apportée par le luthier et marque d’élégance absolue, n’est d’ailleurs pas sans faire penser aux spirales de la vigne. Tout comme les reflets du soleil sur les grappes, le vernis du violon donne de la chaleur, de la profondeur, de la vie, le chatoiement du tempérament qui vibre au cœur de l’Homme.

Le violon, comme le vin, constitue une rencontre entre le réel et le métaphysique. Sachez que le morceau de bois qui transmet les vibrations de la table au fond de l’instrument se nomme « l’âme ». Et c’est la position de cette « âme » qui conditionne toute l’harmonie des sons produits. Là encore, le parallèle avec le vin séduit. En 1857, Charles Baudelaire écrivait son poème « L’âme du vin », dans lequel il donnait parole et vie à ce breuvage magique : « Un soir, l’âme du vin chantait dans les bouteilles… ». « Chantait », comme chantent les cordes des violons pour apaiser les Hommes.

Et l’homme ? Le luthier, lui, n’est pas seulement l’artisan qui a façonné l’objet, il est aussi le médecin du violon tout au long de sa vie tout comme le vigneron est le médecin de la vigne. Bien plus que son ouvrier, il est son éternel dévot.

Stradivarius a d'ailleurs fait l'actualité récente. En effet, un alto Stradivarius, conçu en 1719 et prénommé Macdonald, estimé à plus de 32,5 millions d'euros a été présenté à Paris la semaine dernière au enchères Sotheby's.

 

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